Il faut que l’on vous prévienne : ce qui nous restera en mémoire de ce trek dans le Mercantour, ce sont de somptueux paysages rocheux, rudes et sauvages. Amateurs de forêts et vallées verdoyantes aux pelouses accueillantes, ce trek n’est pas fait pour vous !

Nichés au creux de ces vallées granitiques, de nombreux lacs aux eaux sombres nous prouvent que malgré toute cette roche, la vie est bel et bien là. C’est alors qu’on remarque toute cette faune qui habite ce milieu pourtant inhospitalier aux premiers abords. Les bouquetins, chamois et marmottes sont omniprésents partout dans le massif, tant est si bien, qu’on peut en observer plusieurs dizaines par jour.

Quand à la Vallée des Merveilles, comment ne pas s’émerveiller et se poser mille et une questions face aux 40 000 gravures dont certaines remontent à des millénaires avant notre ère ?

Étape 1 : Isola 2000 – Col de Frémamorte

19,7

kilomètres

1420+ / 990

mètres de dénivelé

9h00

d’effort


Le départ de cette aventure minérale se situe à la station d’Isola 2000, située au portes du Parc Narurel National du Mercantour à seulement 90 km de Nice. Nous prenons la direction des premiers lacs de la journée (et ils seront nombreux !) : les Lacs de Terre Rouge.

Le plus grand des lacs de Terre Rouge

Mieux vaut ne pas s’y attarder et prendre directement la direction de la Baisse de Druos, d’où l’on peut profiter d’une vue surplombante sur les lacs et sur la vallée italienne située sur l’autre versant. Ce col marque la frontière avec l’Italie, bien marquée par de nombreuses fortifications et bunkers. L’une d’elle, particulièrement massive, surplombe le lago inferiore di Vaslusca qui nous émerveille par ses eaux limpides d’un bleu profond.

Nous pénétrons donc dans le Parc Naturel des Alpes Maritimes (le plus grand espace naturel protégé de la région du Piémont en Italie) créé en 1980 et jumelé avec le parc du Mercantour depuis juillet 1987.

En prenant la direction du Lago Del Claus, on peut apercevoir le refuge del Valasco au coeur de la vallée du même nom. Il s’agit de l’ancien Pavillon Royal de Chasse, construit sous Victor Emmanuel II pour ses battues aux chamois. On ne peut pas vraiment l’observer depuis notre chemin mais c’est un curieux petit fort rayé de jaune et rouge et constitué de tours à créneaux.

Nous remontons ensuite le vallon de Préfouns, une cuvette minérale et austère surplombée par des aiguilles de roche acérées. Le sentier est ici assez technique, il faut parvenir à jongler sur les énormes blocs granitiques qui forme le chemin. Le col marque aujourd’hui la frontière (depuis seulement 1947 avec le Traité de Paris). De nouveau, une fortification nous fait face : il s’agissait du poste de chasse du roi d’Italie Victor-Emmanuel II.

S’entame ensuite une descente rapide vers le lac Nègre et ses 12 hectares d’eau sombre.

Direction le dernier col de la journée et les lacs de Frémamorte signifiant “femme morte”. D’après la légende, l’épouse maltraitée du Seigneur de Saint-Dalmas de Valdeblore, se serait échappée pour rejoindre son Piémont natal, trépassant au col de Fremamorte, lui donnant ainsi son nom.

Nous repassons la frontière italienne et découvrons un fort imposant habité par des caprinés. Une vue splendide sur une enfilade de lacs et des sommets entrelacés de nuages s’offre à nous. Il ne reste plus qu’à descendre jusqu’aux abords du premier lac, où nous trouverons un petit emplacement de bivouac juste à coté de la bifurcation qui nous permettra de descendre dans la vallée le lendemain matin.

Clique sur la carte pour l’agrandir !

Étape 2 : Col de Frémamorte – Refuge de la Courgourde

13

kilomètres

1150+ / 1550

mètres de dénivelé

6h50

d’effort


Echauffement des jambes avec une longue descente vers la vallée profonde. S’ensuit une longue ascension vers le col Guillie surmonté du sommet du même nom, l’un des principaux sommets de la partie Est du massif du Mercantour avec ses 2998 mètres d’altitude. Il est possible de faire quelques mètres de dénivelé de plus pour celles et ceux qui n’en aurait pas assez, afin de rejoindre le sommet. Par temps clair, il parait que le vue est grandiose…

Attention, l’orientation devient ici délicate, nous quittons un sentier balisé et le chemin étant situé juste sur la frontière, la carte est très peu précise à cet endroit. De plus, le terrain chaotique et rocheux de haute altitude peut être parsemé de névés selon la saison ou bien être recouvert par les nuages comme lors de notre passage.

Au col, il ne faut pas suivre les panneaux qui indiquent une redescente dans la vallée mais continuer de suivre la ligne de crête qui monte dans les rochers. Des cairns réguliers sont là pour nous indiquer le chemin. Ce terrain difficile à appréhender est pourtant l’habitat de nombreux bouquetins peu farouches.

Nous franchissons le col de Maute (non nommé sur carte IGN) puis descendons dans un terrain toujours aussi difficile. Une fois un cairn en ligne de mire, c’est à chacun de se frayer son propre chemin sur les blocs de granit qui lui semblent les plus propices à recevoir ses orteils. Au lac de Baissettes, un troupeau de bouquetins mâles nous regardera passer sans broncher.

Il faut rester vigilent sur la descente et bien s’orienter pour rejoindre les lacs Baissons (signifie « jumeaux« ) séparés par une petite cascade et surplombés par l’impressionnante Tête de la Ruine (2984m).

Dernière descente, cette fois-ci vers un vallon beaucoup plus verdoyant qui porte le même nom que l’impressionnant rocher qui le domine : le Caïre de la Cougourde. Le nom provient du provençal « cougourdo » qui signifie « courge », en rapport avec la forme de son sommet. C’est un rocher très fréquenté par les grimpeurs qui viennent se confronter aux longues voies constituées de gneiss. La plupart des voies se situent sur cette face Ouest et offrent une très belle escalade dans le sixième degré.

Il ne reste plus qu’à planter sa tente dans le cadre idyllique du vallon… Mais gare aux moustiques !

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Étape 3 : Refuge de la Courgourde – Refuge de Nice

12

kilomètres

1130+ / 1080

mètres de dénivelé

6h15

d’effort


Après une journée avec un itinéraire technique et hors sentier, repos bien mérité sur le GR 52, un chemin bien tracé et balisé.

Nous quittons le vallon pour rejoindre rapidement le lac de Trecolpas et sa petite île (ou presqu’île selon la saison). Nous rejoignons ensuite le pas des Ladres (qui signifie « voleur »). Les contrebandiers venant du Col de Fenestre empruntaient ce col pour se rendre à Saint-Martin-Vésubie en évitant le poste des carabiniers de la Madone.

Le GR continue en direction de la Madone de Fenestre, un sanctuaire construit en l’an 887 par les Bénédictins sous le nom de Notre-Dame de Grâce. Il fut détruit par les Sarrasins au Xe siècle puis reconstruit et convertit en hôpital  au XIIIe siècle par les Templiers. Il appartenut ensuite à l’abbaye de Borgo San Dalmazzo puis à la cathédrale de Nice et devient en 1388 un refuge pour les voyageurs entre Nice et le Piemont. L’hospice connut plusieurs incendies puis fût pillé lors de la Révolution… Finalement, le lieu devient français en 1947 à la suite du Traité de Paris. Aujourd’hui de nombreux pèlerinages y ont lieu chaque année.

Nous retournons marcher dans un chaos granitique en prenant la direction du Pas du Mont Colomb. Attention à la descente assez raide qui peut être glissante…

Nous dépassons le barrage du lac de la Fous et atteignons le refuge de Nice qui surplombe le lac dans ce paysage semblable au fjords Norvégiens.

On trouve plusieurs emplacements de bivouac au bord du lac, mais attention les places sont chères !

Le refuge de Nice, perché au dessus du lac
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Étape 4 : Refuge de Nice – Refuge des Merveilles

9,9

kilomètres

650+ / 710

mètres de dénivelé

4h30

d’effort


Une petite étape qui vous laissera le temps d’explorer la Vallée des Merveilles à votre guise. Pour en savoir plus sur les gravures vous pouvez consulter ce site.

La vallée des Merveilles est un véritable musée à ciel ouvert : 40500 gravures rupestres préhistoriques, datées du Néolithique final et de l’Age de bronze ancien, au milieu d’autres gravures plus récentes ont été découvertes à partir de la fin du XIXe siècle dans la vallée.

Attention, certaines règlementation spécifiques s’appliquent dans cette vallée classée monument historique : les bâtons de randonnées sont interdits (sauf si les bouts sont en caoutchouc) et il est interdit de sortir des sentiers balisés afin de ne pas dégrader les lieux. Le bivouac est autorisé seulement à proximité du refuge.

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Étape 6 : Refuge des Merveilles – Col de Turini

16,4

kilomètres

720+ / 1260

mètres de dénivelé

7h00

d’effort


Pour cette dernière journée de trek, nous prenons la direction du Pas du Diable en passant par les trois derniers lacs de l’itinéraire. Passé le col, nous quittons le paysage très minéral de la Vallée des Merveilles pour de grands alpages verdoyants avec vue sur mer ! Les fonds de vallée sont recouverts d’immenses forêts de Mélèzes qui s’étendent à perte de vue.

Ce paysage si doux est clairsemé de fortifications qui interpellent : le massif de l’Authion (c’est ainsi que se nomme cet endroit idyllique) fût un point stratégique important par son aspect de forteresse naturelle se dressant entre les vallées de la Vésubie et de la Roya. Il fut le théâtre de nombreuses batailles et affrontements durant l’histoire.

Le chemin se poursuit sur les crêtes ensoleillées jusqu’à rejoindre la petite station de Baisse de Camp d’Argent puis le Col de Turini, terminus de ce trek.

Clique sur la carte pour l’agrandir !

Recommandations

Ce trek ce déroule en grande majorité dans le parc national du Mercantour. Il est important de respecter les règlementation spécifiques qui ont pour but de préserver cet espace sauvage d’une grande richesse. Voici un rappel des principales règles :

  • Le bivouac est autorisé de 19h00 à 9h00.
  • Les feux sont interdits afin d’éviter les incendies et la dégradation des sols.
  • Les chiens, même tenus en laisse sont interdits.
  • Les déchets doivent être ramassés (même biodégradables).
  • Le bruit doit être limité par conséquence il est interdit de diffuser de la musique.
  • Le prélèvement de minéraux et la cueillette sont interdits sauf certains végétaux à usage culinaire ou médicinal (liste limitée).
  • Le survol des drones est interdits (des dérogations peuvent être attribuées par le directeur du parc national).

En plus de ces règlementations, d’autres règles spécifiques à la Vallée des Merveilles viennent s’y ajouter :

  • Interdiction de sortir des sentiers balisés.
  • Interdiction de toucher ou marcher sur les gravures rupestres.
  • Interdiction d’utiliser les bâtons de marche sans embouts en caoutchouc.
  • Le bivouac est autorisé seulement dans les zones prévues à cet effet.

L’itinéraire que nous vous proposons n’est pas sans difficultés. Il comporte des passages techniques avec des chemins hors sentiers, non balisés. Il est important de savoir s’orienter dans ce type de terrain chaotique avec pour seul indice la carte ainsi que quelques cairns disséminés ici et là. Le terrain très minéral et les passages en altitude sont éprouvants surtout avec un sac lourd.

Aucun ravitaillement en nourriture n’est possible, pas de superette, pas de boulangerie, rien ! Le sac sera donc plus lourd, pensez à le prendre en compte lors du choix de cet itinéraire.

Vous trouverez néanmoins beaucoup d’eau dans le massif. Nous vous conseillons donc d’emporter un système de filtration et de purification qui vous permettra de boire l’eau des très nombreux lacs et torrents. Cela permet de porter moins d’eau et de récupérer ce qu’il vous faut tout en long de la journée.

Cet itinéraire étant un aller simple, nous vous proposons une solution de retour plutôt efficace. Une navette gratuite relie le Col de Turini à Saint-Martin-de-Vésubie durant la saison estivale. Vous pouvez ensuite prendre un « RandoBus » qui vous emmènera au Boréon. De là, une dernière étape de 5h00 de marche s’impose pour rejoindre Isola 2000. (Col de Salèze puis col Mercière, 875mètres de denivelé, 14,4 kilomètres).

Un petit mot moins rigolo pour terminer :

La vallée de la Vésubie à subi une véritable catastrophe naturelle dans la nuit du 2 au 3 octobre 2020. Les vestiges de la tempête Alex marquent ce territoire encore ravagé…

Les habitations sont suspendues dans le vide, le lit de ce qui était un petit torrent de montagne s’est élargit de plusieurs dizaines de mètres. Les carcasses de voiture et les débris sont toujours là, témoignant de l’ampleur de l’évènement.

Mais ce désastre n’est pas que matériel, il est surtout humain. La conductrice du bus qui nous à conduit au Boréon nous à fait comprendre l’ampleur de cette nuit d’horreur d’une voie encore tremblante et pleine d’émotion.

Bon trek !

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